Des mots, du bruit et de la fureur…

des mots

Je devais avoir quoi ? 8 ou 9 ans. Il était environ 20 heures. J’étais couché sur le dos, sur une natte au beau milieu de la cour familiale, éclairée par la pleine lune. Je m’amusais à dessiner des objets avec les étoiles… C’était un de mes jeux favoris…

Et voilà que je vois une dame, debout à l’entrée de la maison, un baluchon en main. Et entends des voix, celles de mes sœurs:
– Mais, c’est elle, c’est maman !!!
Et moi qui reste couché à ma place, tandis qu’elles se précipitent vers elle, et l’enlacent. Et des pleurs qui s’entremêlent. Et moi qui m’interroge :
– Maman ? Mais quelle maman ? Celle qui il y a des siècles est partie sans dire au revoir, celle dont personne ne parlait ?
Et moi qui ne veux pas bouger de ma natte !
Et je regarde tout ce beau monde se diriger à coups de « sniff », et de « Dieu merci », vers la véranda où le père est occupé à son chapelet, comme toujours. Si je me lève en ce moment-là, c’est surtout par curiosité. Je veux voir comment il va réagir. Bien sûr, je ne m’attends pas à ce qu’il prenne sa… femme, dans ses bras. C’aurait été insolite, à la limite. Non, je veux juste savoir s’il va lui adresser la parole. Non, il a levé les yeux, puis fait de la tête un geste qui doit signifier « ok », avant de reprendre son zikr.
Quant à l’autre mère, celle-qui-n’a-pas-d’enfant- elle se tue dans une comédie qui ne trompe personne. Sourire large comme le boulevard Giscard d’Estaing, elle murmure: « Bon’arrivée ma sœur ! Bon retour chez toi ». Mais moi, je vois bien que ces lèvres étrangement fines et ces petites dents pointues qui me faisaient peur quand elle était en colère, disent autre chose…
J’avais peut-être 9 ans (ou un peu moins), mais je savais reconnaître l’hypocrisie des grands. Et je crois que c’est pour cela que je détestais ça; grandir !
Je me souviens de la fois où la maman-sans-enfant avait voulu arracher de force un morceau de savon à ma grande sœur occupée à faire la lessive. Alors que la jeune fille s’apprêtait à le lui remettre. Elle avait glissée et s’était retrouvée les quatre fers en l’air. Ma sœur cherchait, l’air vraiment désolé, à l’aider à se relever, mais elle s’était mise à hurler:
– Venez-oh, elle me bat ! Quand tu n’as pas d’enfants, tu souffres oh ! Venez m’aider oh, elle va me tuer !
Une voisine qui observait la scène de loin, était intervenue, en lui disant:
– Arrêtez votre cirque madame, arrêtez de tourmenter ces pauvres enfants…
J’étais désespéré !

Et là, ce soir, je suis vraiment fatigué, et ça ne m’amuse pas de les regarder tous faire leur représentation.
Je suis allé m’enfermer dans ma chambre, j’ai ressorti le vieux bouquin que j’avais lu jusqu’à l’usure: « Les contes d’Amadou Coumba »…

#Fiction

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