Entretien avec…

Eric Bohème (Ecrivain, auteur de Zone 4)

« Celui qui sait résister aux freshnies de Zone 4 n’est pas né » 

 « Pas plus que mon roman n’est moraliste, il n’est porteur d’un message défini : les nombreuses histoires qu’il raconte sont sensuelles, dramatiques, drôlatiques, comme la vie à Abidjan. Au lecteur de conserver en mémoire celles qui l’auront impressionné – au sens photographique du terme. »Ainsi s’exprime Eric Bohème, à propos de son roman Zone 4. Un pavé de 420 pages qui tient le lecteur en laisse et le replonge, à travers les aventures du personnage principal, dans la crise ivoirienne, avec ses couvre-feux, tentatives de coups d’Etat, rebellions armées… En attendant que vous vous procuriez le roman (publié chez Frat’mat Edition, petite causerie avec l’auteur.

Eric bohème

Qui se cache derrière Eric Bohème ?

Un vieux Crocodile de lagune

Parlez-nous donc de ce crocodile ! Comment et pourquoi s’est-il retrouvé sur la perle des lagunes ?

Ce vieux crocodile avait déjà rampé dans pas mal de pays d’Afrique avant d’arriver en Eburnie[1] en 2002, par le plus grand des hasards ; c’est toujours par hasard, vous le remarquerez, que  les plus belles histoires d’amour commencent.

Entre Abidjan et vous, c’est une histoire d’amour ?

Comme je viens de le dire ! Mais il ne faudrait pas qu’Abidjan en profite pour se négliger : je remarque que la lagune est envasée, des immeubles construits sans souci architectural, …

Comment êtes-vous venu à l’écriture ? Quel a été le déclic ?

Je n’avais plus de koutoukou[2] et ma gô[3] m’avait plaqué pour un môgô[4] qui distribuait plus de krikas[5] que je ne pouvais le faire.

Et si vous laissiez tomber votre masque de jeune Nouchi, pour parler français ?

Français de France ? D’accord, d’accord, c’est entendu ; je vais faire à partir de maintenant et jusqu’à désormais inclus.

A propos de votre copine qui vous aurait quitté pour quelqu’un de plus nanti… Vous voulez dire que c’est pour soigner un chagrin d’amour que vous vous êtes mis à l’écriture ? A moins que ça ne soit pour gagner plus d’argent ?

C’est pas goumin-goumin[6], c’est pas parce que j’étais moisi[7] ; tant qu’à gagner de l’argent avec l’écriture ? Connaisseur connaît ! Plus … comment on dit ça … prodadaïquement[8], pardon prosaïquement, c’est couvre-feu qui m’a fait écrire : quand tu dois être rentré dans ta concession à 18 heures, tu fais quoi même de ta soirée ?

Parlez-nous de vos premières expériences littéraires !

Je lisais Jules Verne dans mon lit très tard dans la nuit; pour ne pas me faire repérer, je m’éclairais à la lampe de poche jusqu’à ce que la pile rende l’âme.

Avant de vous lancer dans l’écriture d’un roman, vous avez dû faire d’autres gribouillages…

Certes, mais beaucoup plus ennuyeux, puisque réalisés à titre professionnel. Pour autant, ces scribouillages m’ont donné une certaine agilité :si tu veux sciencer, il faut savoir sciencer en pro.

Pourquoi avoir choisi de signer avec un pseudonyme ?

D’écrire un roman leste et piquant ne me paraissait pas compatible avec ma fonction évangélique, moi qui suis en charge de remettre sur le droit chemin les akpani[9] de la Zone 4.

Votre roman a pour décors ce quartier  Zone 4, dans la commune de Marcory, à Abidjan. Un quartier où vous avez vécu. Est-ce la seule chose que vous partagez avec Jean Christophe Durin, celui que nous pouvons appeler « Héros » de ce roman?

Durin est le personnage central du roman, mais il n’a rien d’héroïque; ce sont Angie et Binétou, ses amoureuses, qui sont les héroïnes du livre. Je partage avec ce personnage central d’être la risée quand on m’oblige à danser.

Si on vous dit que Zone 4, c’est juste 420 pages de sexe et de prostituées, dans des night clubs, comme on a eu à le lire, que répondriez-vous ?

Arrête ça ! Si on te dit que Madame Bovary, c’est 420 pages de sexe, de parties de jambes en l’air dans des hôtels de passe, que répondrais-tu ?

Dites-nous un peu, comment vous avez travaillé ? Avec des témoignages, en étant vous-mêmes sur le terrain…

L’écrivain est un buvard.

Pour absorber, il faut toucher…

Non, toi aussi ! Faut damer[10] !Bon, peut-être que j’ai touché un peu, mais à mon corps défendant comme on dit … Celui qui sait résister aux freshnies[11] pian-pian[12] de la Zone 4 n’est pas né : on se connaît !

Qu’aimeriez-vous que le lecteur retienne de votre roman ?

La nuit est une autre vie, avec d’autres règles, qui révèlent les êtres dans leur réalité nue.

 

[1] Eburnie = Côte d’Ivoire

[2] Koutoukou = alcool fort local

[3] gô = copine

[4] môgô = type

[5] krika = billet de banque

[6] goumin-goumin = chagrin d’amour

[7] moisi = « fauché »

[8] prodada = comportement frimeur

[9] akpani = qui vit la nuit

 [10] damer = laisser tomber

[11] freshnie = jeune fille

[12] pian-pian = éffrontée

 

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