CEDDO, RENCONTRE AVEC « MA » GRIOTTE

Quand j’étais ado (il y a près d’un siècle), je me souviens que parfois des gens venaient à la maison ‘’chanter’’ mes ancêtres Ceddo, leur bravoure, leur sens de l’honneur… Et je voyais mes parents leur remettre des présents. Et cela me révoltait parce que je me disais que c’était des profiteurs, des fainéants, des parasites… Ce qu’on peut être con à cette période de la vie et prompt à juger et… à condamner !
Et puis, j’ai grandi, lu des livres, écris des trucs que j’ose appeler livres… Etudié Soundjata, l’épopée mandingue, et enfin compris le rôle des griots… un tout petit peu.

Et puis, il n’y a pas si longtemps que ça, je suis chez moi, quand ma sœur de coeur me demande de me rendre d’urgence chez elle, qu’il y a quelqu’un qui tenait absolument à me voir. Elle me donne son nom. Mais cela ne me dit absolument rien… J’arrive chez elle dans l’heure qui suit.
Dès que je franchis la porte, une voix féminine se fait entendre :

– Oumar Guédé Bocar Samba….

Je LA vois, une jeune femme, entre 25 et 30 ans, à l’aspect frêle mais à la voix si puissante qu’on se demande comment est-ce possible… Elle a un doigt pointé dans ma direction. Elle aligne les noms en remontant toujours plus loin, à une vitesse incroyable… Je suis entrainé dans une sorte de tourbillon… J’entends des mots comme ‘’Vous qui préférez la mort au déshonneur !’’, ‘’la honte n’a jamais visité la maison de ton père’’! Je sens mon cœur battre la chamade, ma poitrine se gonfler de fierté, mes yeux s’embuer… (Je suis trop sensible oh, je ne fais pas exprès) !
Je tâte mes poches, sort les… derniers billets de banque qu’il me restaient, les lui remets, puis conscient que c’est presque rien, je sors mon téléphone et le lui remets…
Ma sœur se met à sourire… La griotte se tait enfin. Elle se jette dans mes bras. M’étreint en disant :

– Je ne pouvais pas passer sans te voir, même si on ne se connait pas.
Au moment de nous séparer, elle me rend et mon téléphone et mon argent. Et me dit :

– Je n’ai pas besoin de ça, ton accueil m’a suffi ! Tu es généreux comme l’était ton père ! Merci ! Mais je ne fais que mon devoir comme le faisait mon père pour le tien !

Et moi je suis pressé qu’elle parte pour ne pas recommencer à pleurer comme un con !

Je crois que s’il y avait Goliath devant moi, en ce moment-là, je l’aurais affronté pour prouver ma « bravoure » de Ceddo à la griotte ! Tellement j’etais… en transe !

#LePeulConnectégriot

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